L’accompagnement hospitalier des personnes âgées repose aujourd’hui largement sur la gériatrie, une spécialité médicale qui s’impose dans les situations complexes liées au vieillissement. Voici, sous forme de liste à puces, les éléments fondamentaux permettant de comprendre ce que la gériatrie apporte en milieu hospitalier :
  • La gériatrie vise l’approche globale et personnalisée du patient âgé, bien au-delà du traitement d’une pathologie isolée.
  • Elle permet une évaluation multidimensionnelle, prenant en compte l’état médical, psychologique, fonctionnel et social.
  • La spécialité gériatrique engage une coordination étroite entre médecins, soignants, rééducateurs, assistantes sociales et familles.
  • Elle adapte les parcours et les traitements en fonction des fragilités, pour limiter la perte d’autonomie et éviter des complications évitables comme la dénutrition, la iatrogénie (effets secondaires médicamenteux) ou la confusion.
  • La gériatrie à l’hôpital s’inscrit dans une logique d’anticipation, d’accompagnement du retour à domicile ou vers des structures adaptées.
  • Elle joue un rôle central dans le soutien aux proches et aux aidants, en apportant écoute, explications et relais.
La gériatrie hospitalière transforme ainsi profondément la façon de soigner, d’écouter et d’accompagner au sein de l’hôpital, au bénéfice du patient âgé comme de ses proches.

Comprendre la spécificité des personnes âgées à l’hôpital

L’hôpital accueille chaque année un nombre croissant de patients âgés. En France, près de la moitié des séjours hospitaliers concernent aujourd’hui des personnes de plus de 75 ans (DREES, 2024).

  • Le vieillissement s’accompagne fréquemment de “polypathologies” : l’association de plusieurs maladies chroniques (diabète, insuffisance cardiaque, arthrose, troubles cognitifs…).
  • Les patients sont plus exposés à certains risques hospitaliers spécifiques : chutes, confusion aiguë (syndrome confusionnel ou “délirium”), dénutrition, infections nosocomiales, iatrogénie médicamenteuse.
  • Le fonctionnement quotidien, la mobilité, la mémoire, l’adaptation à un environnement inconnu sont souvent fragilisés.

Dans ce contexte, soigner une personne âgée appelle avant tout une vision globale : comprendre non seulement la ou les maladies, mais aussi l’ensemble des facteurs qui conditionnent son bien-être, sa récupération, son maintien à domicile ou sa nécessité de réorientation.

La gériatrie : une approche médicale globale et coordonnée

La gériatrie hospitalière est née pour répondre à cette complexité. Son ADN reposent sur des principes forts :

  • Évaluer globalement, en associant dimensions médicale, psychique, fonctionnelle et sociale. Il ne s’agit plus uniquement de “soigner une maladie”, mais d’appréhender la personne dans sa globalité.
  • Travailler en équipe. Autour du médecin gériatre, se fédèrent infirmier(ère)s, aide-soignant(e)s, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, nutritionnistes, psychologues, assistantes sociales.
  • Penser “parcours”. L’enjeu n’est pas seulement le séjour hospitalier mais l’ensemble du chemin : de l’accueil aux urgences jusqu’au retour à la maison ou l’admission en structure adaptée, chaque étape compte.

En cela, la gériatrie se distingue nettement d’une simple gestion des soins : elle se veut médecine de la complexité, anticipant les risques, les pertes d’autonomie, les possibilités de récupération mais aussi le projet de vie du patient.

L’évaluation gériatrique globale (EGG) : le cœur du dispositif

Dès l’admission, la priorité des équipes gériatriques est d’établir une évaluation gériatrique globale (souvent désignée EGG). Il s’agit d’un examen approfondi qui, au-delà du diagnostic médical, explore plusieurs dimensions :

  • L’état fonctionnel (mobilité, capacité à effectuer les actes de la vie quotidienne : toilette, habillage, alimentation…)
  • La cognition (mémoire, orientation, comportement), essentielle pour repérer précocement un trouble neurocognitif ou une confusion
  • L’état nutritionnel, car la dénutrition touche jusqu’à 40% des personnes âgées hospitalisées (HAS)
  • L’état social (soutien familial, isolement, environnement matériel, aide à domicile existante ou non)
  • La douleur, souvent silencieuse ou insuffisamment exprimée

Cette évaluation guide tout le projet de soins : elle permet d’éviter des ruptures, de personnaliser l’accompagnement, d’anticiper les risques (de chutes, de complications, de passage à la dépendance…).

Une prise en charge adaptée, centrée sur la prévention des complications

Une des grandes forces de la gériatrie à l’hôpital est de viser l’accompagnement du patient âgé “dans son risque”, et non seulement “dans sa maladie”. Cela se traduit par :

  • Le repérage précoce des fragilités, pour prévenir ou minimiser les complications graves (exemple : confusion, escarres, dénutrition).
  • L’adaptation constante des traitements : revue des ordonnances, limitation des médicaments inutiles ou à risque (la poly-médication concerne 60 à 70% des plus de 75 ans hospitalisés ; Assurance Maladie).
  • L’organisation précoce de la rééducation, du maintien de la mobilité et de la prévention des chutes (mise en place de séances de kinésithérapie, d’aides techniques).
  • La prise en compte du projet de vie et des choix du patient et/ou de ses proches, dans le respect de leur autonomie.

Ainsi, chaque patient bénéficie d’une stratégie adaptée, qui privilégie la récupération fonctionnelle, la limitation du déclin et la qualité de vie.

Les services hospitaliers de gériatrie : diversité des structures et des missions

La gériatrie est présente dans différents services spécialisés à l’hôpital. Chacun joue un rôle défini dans le parcours du patient âgé :

Type d’unité gériatrique Mission principale Patients concernés
Unité de gériatrie aiguë Prise en charge des situations complexes et aiguës (chutes, confusion, décompensation de pathologie chronique, polypathologies) Personnes âgées présentant une fragilité aiguë et plusieurs problèmes médicaux
Unité de soins de suite et de réadaptation (SSR gériatrique) Organisation de la récupération après un épisode aigu, rééducation, réadaptation, préparation du retour à domicile ou orientation Patients sortant d’une phase aiguë mais en situation de dépendance temporaire ou réversible
Consultations mémoire/gériatriques Dépistage des troubles cognitifs, évaluation globale, conseils d’orientation Patients du territoire, hospitalisés ou non, présentant des troubles de la mémoire ou de l’autonomie
Equipes mobiles de gériatrie Intervention transversale sur demande, conseil pour les autres services hospitaliers Tout patient âgé hospitalisé, sur sollicitation d’une équipe non gériatrique

Cette organisation permet une véritable “personnalisation” du parcours de soins, évitant l’écueil du “tout hôpital” ou du “tout domicile”. Elle met aussi l’accent sur la prévention de la perte fonctionnelle, le maintien de la mobilité, la lutte contre la solitude et la préparation de la sortie.

Coordination, accompagnement des proches et anticipation du parcours

La gériatrie fait plus que soigner : elle accompagne, explique, coordonne. Parce que vieillir à l’hôpital, c’est aussi, souvent, entrer dans des décisions difficiles (projet de soins, limitation thérapeutique, entrée en institution, etc.), le rôle des équipes de gériatrie est d’associer au plus tôt le patient et ses proches. Cela se manifeste par :

  • L’organisation régulière d’entretiens familiaux, permettant d’expliquer le projet de soins, de répondre aux inquiétudes et d’anticiper les relais à l’extérieur de l’hôpital (services d’aide à domicile, SSIAD, HAD…).
  • La transmission d’une information claire, adaptée, non alarmiste mais réaliste, sur le pronostic médical, la possibilité de récupération, la gestion de la douleur ou de la dépendance.
  • L’articulation avec les réseaux de soins et les partenaires du territoire : médecins traitants, assistantes sociales de secteur, structures accueillant les personnes âgées (EHPAD, unités Alzheimer, résidences autonomie, etc.).

Dans cette démarche, l’objectif reste toujours le même : garantir, autant que possible, la continuité, la sécurité, la dignité. Redonner du sens et de la visibilité aux choix possibles, pour sortir la personne âgée et ses proches de l’improvisation ou du sentiment d’abandon.

Les défis de la gériatrie hospitalière : entre humanité et technicité

Face au vieillissement de la population, la gériatrie hospitalière évolue constamment. De nouveaux défis émergent :

  • L’augmentation constante du nombre de patients âgés hospitalisés, sans toujours disposer des ressources humaines adaptées (le recrutement de gériatres et infirmiers spécialisés reste complexe – source : La Recherche).
  • La transition de l’hôpital vers le domicile, de plus en plus rapide, qui impose une grande réactivité pour organiser l’après-hôpital.
  • La demande plus forte des patients et des familles pour être acteurs des décisions, et non simplement spectateurs ou destinataires de choix techniques.
  • Le maintien du dialogue entre services de soins et structures de ville, particulièrement en situation de crise sanitaire (COVID-19), qui a souligné la nécessité d’encore mieux coordonner le parcours du patient âgé.

La gériatrie relève ces défis en restant centrée sur l’équilibre : maximiser la technicité là où elle apporte un bénéfice, sans jamais sacrifier l’humanité, ni l’écoute des personnes.

Gardez en tête

La gériatrie à l’hôpital n’est ni un simple accompagnement de la dépendance, ni un projet exclusivement médical. Elle est, par essence, une médecine du dialogue, de la synthèse et de la proximité. A l’écoute de la personne âgée, elle cherche à préserver son autonomie, à respecter ses choix, à soutenir ses proches et à anticiper, chaque fois que possible, plutôt que subir. Plus la gériatrie prend sa place à l’hôpital, plus le soin devient humain, compréhensible, adapté, et moins le vieillissement rime avec solitude ou abandon.

Pour aller plus loin