- Bilan médical, psychologique, social et fonctionnel réalisé par une équipe spécialisée.
- Outil essentiel pour anticiper la perte d’autonomie, ajuster les soins, et préserver la qualité de vie.
- Aide à prendre des décisions adaptées sur le maintien à domicile, les traitements ou l’entrée en structure.
- Permet une approche respectueuse, centrée sur la personne, ses besoins, ses souhaits.
- Recommandée en cas de fragilité, d’entrée en institution, après des chutes, ou lors de situations complexes.
- Référence citée par la Haute Autorité de Santé et la Société Française de Gériatrie et Gérontologie.
Qu’est-ce que l’évaluation gériatrique globale ?
L’évaluation gériatrique globale (EGG) est définie comme un bilan systématique, structuré et approfondi, visant à apprécier l’état de santé, l’autonomie, les besoins et les ressources d’une personne âgée. Initiée dans les années 1980-1990, d’abord dans les pays anglo-saxons puis en France, elle s’est imposée comme la référence dans la prise en charge du vieillissement complexe (Haute Autorité de Santé).
L’objectif de l’EGG est double : établir un diagnostic précis de la situation globale d’une personne, et bâtir un plan personnalisé de soins et d’aide. Elle va bien au-delà d’une consultation classique en considérant toutes les dimensions qui impactent la santé – et la vie – d’un senior :
- Le versant médical : maladies chroniques, polymédication, douleurs, troubles cognitifs (mémoire, confusion…)
- L’aspect fonctionnel : autonomie pour la toilette, l’habillage, la marche, l’utilisation des appareils ménagers, etc.
- Le versant psychologique : humeur, souffrance morale, risque de dépression, sentiment d’isolement
- La dimension sociale : entourage, aidants, ressources matérielles, qualité et sécurité de l’habitat
L’évaluation se réalise dans divers contextes : à domicile, à l’hôpital (consultation, hôpital de jour, service spécialisé), en institution, ou encore en équipe mobile. Chaque évaluation est unique, adaptée à la situation et conduite avec respect et bienveillance.
À quoi sert concrètement l’EGG ?
L’utilité de l’EGG se mesure, au quotidien, dans sa capacité à :
- Détecter la fragilité ou la vulnérabilité avant qu’elle ne se transforme en perte d’autonomie ou en hospitalisation non anticipée.
- Adapter les traitements et stratégies médicales : supprimer un médicament inutile ou dangereux, ajuster les doses, coordonner le suivi.
- Définir un plan de soins individuel, qui prend en compte les priorités, les choix et le projet de vie de la personne âgée.
- Mobiliser les dispositifs d’aide à domicile (aide-ménagère, portage de repas, adaptation du logement) ou envisager l’entrée en structure si nécessaire.
- Soutenir l’aidant naturel, en repérant ses difficultés et en l’orientant vers des solutions de répit ou d’accompagnement.
Les études montrent que l’EGG réduit la survenue d’accidents, améliore la qualité de vie et retarde l’entrée en institution (source : Systematic Review, JAMA, 2018).
Comment se déroule une évaluation gériatrique globale ?
L’EGG n’est pas un “examen sur ordonnance”. C’est une démarche réunissant plusieurs professionnels de santé et de l’accompagnement social. Ces évaluations se font en plusieurs temps et s’appuient sur une méthodologie consensuelle.
1. Phase d’entretien et recueil de données
- Analyse du parcours de vie, antécédents, environnement, habitudes quotidiennes, réseau relationnel.
- Écoute des attentes, des inquiétudes et des priorités de la personne – et, si elle le souhaite, de son entourage.
2. Examens et tests ciblés
- Tests d’autonomie : savoir si la personne peut se laver seule, s’habiller, utiliser les transports, faire ses courses, etc.
- Évaluation cognitive : orientation, mémoire, attention, langage.
- Bilan nutritionnel, auditif, visuel, locomoteur (bilan de la marche, équilibre…)
- Repérage d’un risque de chute, d’un syndrome dépressif, d’un épuisement familial.
3. Concertation pluridisciplinaire
- Les gériatres croisent leur diagnostic médical avec celui des infirmiers, assistants sociaux, ergothérapeutes, psychologues.
- Les pistes d’action sont mises en débat pour aboutir à un plan d’accompagnement sur-mesure.
4. Restitution et plan d’actions
- Présentation à la personne âgée, et si elle le souhaite à ses proches, de l’analyse et des recommandations.
- Décisions prises ensemble, dans le respect des souhaits, des zones de fragilité mais aussi des forces identifiées.
- Élaboration d’un “plan personnalisé de soins” (PPS), réévalué régulièrement.
La qualité de l’EGG repose sur la coordination, l’écoute, et la confiance. Toutes les dimensions de la santé, et pas seulement la maladie, sont abordées en respectant la dignité de chaque personne.
Quand faut-il proposer une évaluation gériatrique ?
L’EGG n’est pas réservée à une minorité, ni un luxe hospitalier. Elle est recommandée dans plusieurs situations majeures (HAS) :
- Chutes répétées ou inexpliquées
- Début de perte d’autonomie, difficulté à réaliser les gestes quotidiens
- Trouble de la mémoire ou modification durable du comportement
- Hospitalisations multiples, polypathologies, complexité des traitements
- Difficulté à rester à domicile ou interrogation sur l’entrée en institution
- Suspicion de maltraitance, isolement social marqué
Elle peut aussi s’imposer lors de situations aiguës (fracture, accident cardiovasculaire) ou d’un problème ponctuel qui vient déséquilibrer une situation fragile. Mieux vaut proposer une évaluation tôt – la prévention paie, aussi en gériatrie.
Quels bénéfices pour la personne âgée et ses proches ?
| Bénéfices pour la personne âgée | Bénéfices pour les proches et aidants |
|---|---|
|
|
L’EGG : pour une médecine respectueuse du grand âge
L’évaluation gériatrique globale incarne une vision humaniste du soin : croiser l’expertise médicale, l’expérience du quotidien, et la singularité de chaque histoire de vie. Elle reconnaît que le vieillissement n’est pas qu’une question de biologie ou de traitements, mais de contextes, de liens, et parfois de fragilités réversibles. En interrogeant toutes les dimensions de l’existence, elle replace la personne – et ses proches – au cœur du dispositif.
L’EGG ne prétend pas résoudre tous les problèmes. Elle ne remplace jamais la part essentielle de dialogue, de confiance et de respect qui la précèdent et la prolongent. Mais dans ce moment clé où l’équilibre de vie peut basculer, elle apporte des repères, rassure sur les priorités, met en lumière les ressources ignorées, et accompagne les décisions parfois difficiles.
Finalement, l’évaluation gériatrique globale n’est pas une fin en soi, mais un chemin. Un chemin vers plus d’autonomie, plus de sécurité, une qualité de vie préservée, et une relation adulte et respectueuse avec le système de santé.
Sources :- Haute Autorité de Santé (HAS) : EGG et coordination gériatrique
- Société Française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG)
- Rubenstein LZ, Stuck AE, Siu AL, Wieland D. “Comprehensive geriatric assessment: a meta-analysis of controlled trials,” Lancet, 1991
- JAMA 2018;319(6):664-674 (PubMed)
Pour aller plus loin
- L’approche globale : la clé pour comprendre et accompagner la santé des personnes âgées
- Services à domicile pour seniors : penser global pour mieux accompagner la personne âgée
- Comprendre les fondements de la gériatrie pour un accompagnement médical respectueux et efficace
- Décider entre rester chez soi ou rejoindre une structure : la gériatrie au cœur de l’accompagnement
- Comprendre, écouter, agir : bien évaluer les besoins avant l’aide à domicile chez la personne âgée